Tempête sur les JO

Contrainte : « orage »

Et voici donc les challengers ! À ma gauche, Thor, dieu scandinave de l’orage. À ma droite, Zeus, dieu suprême de l’Olympe.

– Alors, Zeus, pas trop stressé par cette compétition ? Comment vous êtes-vous préparé ?
– Lancer d’éclair six heures par jour, six jours sur sept pendant six mois.
– Ah, très bien, je comprends mieux le temps pourri de cette année. Quelles étaient vos cibles ?
– Des enfants : ils sont petits et courent dans tous les sens, c’est difficile de les tuer.
– Concernant le dopage, est-il vrai que vous consommez de l’ambroisie régulièrement ?
– C’est de la diffamation, je ne répondrai qu’en présence d’Athéna, mon avocate.

– Fils d’Odin, mêlé à d’innombrables aventures cosmogoniques, je possède un marteau qui revient tout seul dans ma main après le lancer. Dieu de l’orage et par conséquent de la pluie, je suis vénéré des paysans comme des guerriers, je suis, je suis ?
– Thor. Vous êtes bon en tant que présentateur.
– Je sais, merci. Thor, le comité intermythologique a refusé que vous utilisiez Mjolnir pendant la compétition. Que pensez-vous de cette mesure ?
– Comme d’habitude, il n’y en a que pour les Grecs, qu’ils aillent se faire voir !
– Merci pour cette réponse, on sent bien le tempérament viking en vous !

Et maintenant, que le combat commence !

Zeus entame la confrontation par une série d’éclairs ! Thor tente de les esquiver mais il a dû boire trop de cervoise au Wahala, il n’arrive pas à courir assez vite, ça sent la couenne de Dieu rôti ! Thor se rapproche et donne un direct du droit dans le ventre de Zeus, qui a contracté ses magnifiques abdominaux et n’a rien senti, semble-t-il. Ça s’annonce mal pour le scandinave.
Première tricherie de Thor dont les prêtres viennent de sacrifier le quart du public pour augmenter ses pouvoirs magiques ! Thor lance une pluie d’éclairs sans Mjolnir, c’est incroyable, mais Zeus se transforme en aigle et parvient à tous les esquiver, il est très en forme cette année, Patrick, je pense que nous tenons notre champion.
Deuxième tricherie de Thor qui vient de faire entrer des Walkyries dans l’arène, très peu vêtues et d’un charme… certain… On entend une harpe résonner… et Zeus semble assommé, Thor a réussi à le faire devenir chèvre, ou bouc, et Zeus a totalement oublié le combat, il ne pense plus qu’à bai***, c’est son gros point faible et Thor le sait.
Oui, un dernier éclair et c’est fini, Thor a gagné, de manière déloyale mais qu’est-ce que c’était bon !

Frotter n’est pas jouer

Contrainte : placer « désir, rhinocéros, boutique, surligner, évidence » ; texte < 2500 caractères

Le génie prit une voix caverneuse.

– Tu as choisi ton vœu ? Trouvé en toi le désir le plus profond ?
– Vous pouvez exaucer n’importe lequel ?
– J’ai de tout en boutique : babouches, femmes, ministère… Demande et tu l’obtiens.

C’était un peu trop beau pour être vrai. Jiminy Cricket sauta sur mon épaule.

– Je ne parlerai pas cette fois-ci, je te laisserai faire.
– Tant mieux ! Je me débrouille très bien tout seul, marmonnai-je. Je vais demander quelque chose de grand, pur et noble. La paix dans le monde, par exemple.
– Entre les hommes ?
– De toute évidence.
– Dis-le, alors, que tu ne retrouves pas avec des chats faisant ami ami avec des rats. Ça serait embêtant pour tous les carnivores en général.
– Tu as raison, bredouillai-je… heureusement que tu es là !
– Et, ajouta ma conscience, précise aussi la plage temporelle ! Autrement tu pourrais modifier le cours entier de l’histoire ! On ne sait pas à quel point ces génies sont tordus.

Il n’avait pas tort. Mon voisin avait demandé une maison de rêve à un génie, il s’était transformé en Ken en plastique dans une maison de poupée. Sa femme avait pris la chose très simplement : elle avait davantage de place pour entreposer ses paires de chaussures, plus besoin de déménager.

– Génie, je souhaite que la paix règne entre les hommes à partir de maintenant et pour les temps à venir.
– Non. Le vœu doit tenir en moins de 70 caractères. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et surtout concisément.
– Tu aurais pu préciser avant !
– Oh, tant que j’y suis, tu n’as plus que vingt secondes pour choisir ton vœu, sinon cette lampe magique s’autodétruira et toi avec.

Je pouvais commencer à paniquer.

– Jiminy, une idée, aide-moi !
– Rhinocéros !
– Quoi ?
– J’ai dit un mot qui me passait par la tête, c’est tout.
– C’est malin.

Surtout, ne pas penser à un rhinocéros. Fermer les yeux. Des lettres s’affichent. Ne pas surligner le r-h-i-n-o-c-é-r-o-s. Je vois quelque chose de gros… de gris… avec des petits yeux… une corne… ne pas penser à un rhinocéros !

– Dix secondes, fit le génie.
– Il n’y a qu’une solution, fit Jiminy.

Il s’étrangla avec ses mains. Libéré de son surmoi, mon esprit fourmilla instantanément de désirs refoulés.
De l’argent, la jeunesse éternelle, du sexe, des voitures de course, du sexe, un château, un yacht, un avion de chasse, un voyage dans l’espace, du sexe…

– Trois secondes !
– Je veux un rhinocéros !

Quelque chose de gros, de gris, avec des petits yeux et une corne. Qui tombe sur moi, très vite. Et puis le trou noir.

La foule

Extrait du manga berserk relatant une scène de lapidation.
Se lit de droite à gauche (pages, cases)

 

Petit essai : partir d’une image pour écrire un texte.

 

Il apparut à l’entrée du village avec ses chaussures usées, un balluchon sur le dos et une croix en bois se balançant à son cou. L’air pur circulait sans peine sur la route, poussé par un vent piquant. Les nuages épars galopaient dans le ciel. Au loin, on distinguait les montagnes, brillantes de blanc au sommet, ondulantes de plaines vertes à leurs pieds.

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Nocturne

Quelques indications : c’est un texte écrit dans le cadre d’un défi, avec des consignes précises : 8000-15000 caractères espaces non-compris, deadline, le texte doit être inspiré d’une poésie. Même si le texte n’est franchement pas mon meilleur, j’en suis assez content parce que ça faisait un moment que je n’avais pas mené de nouvelles au bouth

D’ordinaire, j’aime bien la nuit. La sensation de fraîcheur après une journée étouffante, les lumières des magasins me guidant jusqu’à ma porte une fois sortie du travail, l’ivresse des bars où l’alcool se mêle au sucre dans un tourbillon coloré. La nuit sait se montrer inquiétante également. Il y a les bruits résonnants sur le trottoir désert, éclairés de plus d’ombres que de lumières. Il y a les bivouacs en pleine nature, les frôlements au-dehors, les bêtes rendues monstres par l’imagination, l’envie affolée de savoir et les terreurs superstitieuses. Il y a les concerts frénétiques, les discussions sans fin, le temps rendu muet par le noir tant que la pâleur ne sera pas revenue à l’aube.

Il y avait.

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Toussaint

J’ai remanié assez largement le texte plus tard en supprimant la première partie et poursuivant la seconde.

 

Il n’y a pas de nuages, c’est un beau jour. Un ciel de photographies, celles des États-unis, le bleu profond qui arrache un petit hoquet d’étonnement. En les voyant, on se dit que la vie est peut-être sympa, là-bas.

Dériver de quelques centaines de miles et nous voilà en Nouvelle-Angleterre. La saison préférée des habitants reste l’automne. Le nuancier de couleurs s’étale, s’étire sur toute la palette et l’on peut s’adonner au  »leaf-peeping », à la contemplation des feuilles. Bien sur, si elles tombent au sol c’est plus intéressant mais les peepers ne sont pas spécialement adeptes des choses intéressantes, ils viennent seulement prendre du bon temps.

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La nuit des étoiles

Ils s’étaient éloignés des adultes, sans bruit. Le vent frais s’engouffrait dans leurs cheveux, les cigales s’étaient tues, les lumières dans la plaine brillaient. Depuis le village s’élevait encore l’odeur du barbecue de l’après-midi.

Il avait ramassé une bouteille de bière et, au passage du liquide dans sa gorge en feu, réussit à réprimer une quinte de toux, avala, frissonna. S’appuya en arrière sur ses bras tendus, sur ses mains froides, sur la terre dure.

Elle le regarda avec circonspection, les yeux agrandis par le mascara fauché à sa mère battaient.

Il sentit le besoin de pousser plus loin l’avantage, jaugea le pré du regard, ne découvrit plus rien d’intéressant pour cette fille insatiable – la feuille à siffler, le poil à gratter, les limaces gluantes ne suffisaient plus.

Il leva les yeux vers les étoiles et entama un dialogue avec elles. Il leur confia combien il les trouvait belles, se leva, voulut sauter pour se rapprocher d’elles, les astres éclatèrent de rire et se moquèrent gentiment de lui. Un instant décontenancé il accepta leur humour et leur sourit.

Elle l’observait en coin. Cette nouvelle amitié avec ces dames pâles ne lui plaisait guère. Elle croisa savamment les jambes, découvrit une cheville au galbe parfait, prit une pose négligente. Mais la lumière ne tombait plus sur sa peau et lui, fasciné, nimbé de l’aura stellaire, se faisait ardent, déclamait des poèmes qu’il inventait sur l’instant, louait la grandeur des étoiles, leur magnificence.

Elle eut peur de cette passion naissante et le prit par la main, le rammena parmi les adultes.

 

Un astronome amateur déboucha un mousseux et offrit sa tournée. Il servit les enfants également.

Ceux-ci pensèrent que se saouler au milieu de leurs parents n’était pas très drôle, même si ça les rassurait. Leurs verres reflétèrent un instant une étoile rouge dont la lueur semblait teintée de tristesse et de reproche. Terrifiés, le petit garçon et la petite fille se mirent à boire. Leurs parents en furent ravis.