Des jambes

Écartés sur la plage,
S’offrant sous les rayons
À la vue des passants,
Tes ciseaux m’ensorcellent
Je t’habille de noir
D’espaces dévêtus
De cuisses découvertes
De froissements de soie
Et j’ôte de mes mains
Ta pudeur sans les feuilles
Ta beauté sans les fards
Ton amour est à moi
Mon regard se distrait
Dans les ronds de tes seins
Et tes jambes, jalouses
Se rappellent à moi
Elles pressent, avides
Mon corps contre le tien
S’entrouvrent, les mutines,
Pour mieux galoper
Quelle torture !
Quel bonheur !
Vous êtes
Belles…

 

Welcome

Contrainte : verbes du 1er groupe uniquement. Thème : le rejet du groupe.

L’eau éclabousse la carrosserie de la navette et dégouline le long des vitres. La température diminue et Adam songe aux larmes de whisky après l’oxygénation qu’il contemple tous les soirs sur la véranda. Hier, justement, les trois Lunes paradaient sur la tapisserie étoilée, et leur pâleur blanc-bleuté envoûtait le jardin.

Profite de l’instant, ne songe pas au boulot, lui souffle une petite voix prévenante. Mais un regard vers le ciel lui rappelle ce Terrien en visite dans leurs bureaux. Adam ne se force jamais pour lancer des blagues sur le réchauffement climatique ou la récession qui dure depuis plusieurs décennies standard.
Ici, comme dans les autres planètes de la confédération, tout se passe de manière plus rapide, plus souple. L’espace reste à conquérir, ceux qui rêvent d’argent ou d’aventure trouvent leur bonheur. Les mots bonheur et liberté signifient vraiment quelque chose et les problèmes de l’ancien monde s’oublient très vite. Les espèces locales, certes, n’existent plus. Balayées durant la terraformation, ces formes de vie demeuraient marginales et sous-développées. Partout dans l’univers, la loi du plus apte reste en vigueur.

Adam vote, et il ne s’en cache pas, pour les indépendantistes. Moins de règles, plus d’autonomie pour les planètes. Voilà trop longtemps que la trentaine de filles traîne leur mère comme un boulet, l’heure du coupage de cordon approche à grands pas.

Mais les rats quittent le navire, et un groupe de Terrots habite maintenant leur quartier. Adam ne s’y trompe pas : ils arrivent à deux autour d’une famille honnête, qui craque rapidement et détale. D’autres Terrots arrivent et en trois ans ils colonisent la colonie… Ironie du sort, heureusement il existe une solution… Entre ragots sur les mômes Terrots radioactifs qui menacent les autres bambins, sur les parents dégénérés incapables de s’adapter à la pesanteur locale… moins on en raconte, plus les gens imaginent.

Un point brillant dans le ciel. Une étoile filante ? Avec un peu de chance, un vaisseau Terrot en train de se crasher sur un astéroïde, songe Adam en refermant sa porte. Dehors, seules deux Lunes éclairent le plus beau des nouveaux mondes.

La maison

Il fait frais, il fait bon
La maison se repose
Dans le jardin je découvre
Une fleur sous mes bonds
Je volette et sautille
Certain de mon effet
J’enlace la jonquille
Baise son air défait

Il fait frais, il fait bon
La maison soudain close
Se dévêt pour la nuit
Au lueurs des bougies
Je soupire et murmure
Les coussins de velours
Épousent les parures
De l’amante au corps gourd

Il fait frais, il fait bon
La maison m’indispose
Je rêve d’outre-mer
Le présent m’indiffère
Je marchande en moi-même
Des passés à prix d’or
Des futurs chrysanthèmes
Des pensées au-dehors

Il fait froid, il fait seul
La maison est morose
Les souvenirs frivoles
Me semblent si lointain
J’ai fermé les volets
Repoussé tous les murs
Le miroir se défait
Que mon reflet est dur
 

Minuit

La mi-nuit a tari
Le torrent des voitures
Tes pieds fins carressaient
Les étoiles voutées
Et les brins verts blanchis
À la lune ont souri
Les insectes tombaient
De nos bras affolés

Quand rêver des drapeaux
De l’orient nous effraie
On enclenche un contact
Et démarre en douceur
Sur la route sans voie
Et le lit des humeurs
Pour ancrer un instant
Notre barque à l’amour

 

Laugh Business

Texte destiné à un concours de nouvelle, et puis je me suis rendu compte que, si par hasard je gagnais, je ne pourrais jamais me rendre dans la Brie en octobre 2013.

 

 

La femme avait une quarantaine d’années, maquillage discret, chignon, traits saillants. Traits un peu crispés, également, car elle venait de composer son code de carte bleue pour autoriser le paiement d’une somme non négligeable, mais, après tout, puisque c’était « satisfait ou remboursé »…

Un homme en blouse blanche vint la chercher dans la salle d’attente et la guida dans un couloir.

– Vous ne portez pas de masque de clown ?
– Nous pensons que ce serait manquer de respect envers les patients. Certains souffrent beaucoup et ont tenté de rire pendant des années sans succès.

– C’est mon cas.

– Parlez-moi de vos motivations.

– « Le rire, c’est la vie ».

L’homme à la blouse sourit intérieurement. Depuis quelques années, les professionnels du rire, médecins, chefs d’entreprises, humoristes, s’étaient alliés pour faire croître le potentiel du LB ou Laugh Business. Ce slogan faisait partie de leur dernière campagne publicitaire.

– Le rire, récita presque la cliente, solidifie les liens sociaux et donne une meilleure image de soi. Cinq minutes d’un rire franc par jour allongent l’espérance de vie en bonne santé de trois ans en moyenne. C’est un remède anti-dépression faisant travailler plusieurs dizaines de muscles et…

– Et qu’en est-il de vos motivations personnelles, madame ?

La femme entama une lutte contre elle-même avant de capituler.

– Mademoiselle. Je ne suis guère communicative et… mon entourage pense que je suis frigide, lança-t-elle d’un air de défi.

 

 

Ils ne dirent plus un mot avant d’arriver à « la salle ». La thérapie se déroulait en trois temps : entretien psychologique réduisant l’incertitude des données, exposition à des stimulus, établissement d’une « cartographie du rire » de la personne indiquant sa sensibilité à différents humours.

Cela commença par des vidéos de chatons, les lolcat. Il y eu des sketches humoristiques. Des histoires drôles. Les capteurs décelèrent un sourire d’une force de 0,4 sur l’échelle de Coluche pendant la projection d’une séquence où un homme tomba d’une échelle et initièrent l’hypothèse « sensible à l’humour noir ». Mais les stimulus suivants furent des échecs.

On interrompit la thérapie pour une séance de massages relaxants, puis vint l’entretien en tête à tête avec le Maître. Il s’enferma avec la patiente dans son bureau pendant plus d’une heure, la charmant, lui souriant, l’étourdissant, avant de s’avouer vaincu. Le personnel à l’accueil, embarrassé, informa la cliente que le remboursement serait effectué par virement le jour même.

 

 

Elle descendit les marches du hall sous le regard confiant de l’homme en blouse blanche. Dans la tête de la femme, trois éléments se superposèrent. Sa voisine monstrueusement bête qui riait de tout, la « technologie » utilisée par ce centre et enfin le prix fabuleux qu’empochaient ces gens pour guérir les « malades ». C’était tellement ridicule. Un frémissement parcourut ses lèvres. Deux mètres avant la porte. Elle ferma les yeux, inspira profondément, les ouvrit, lutta, puis éclata largement de rire. Quand un membre du personnel vint l’avertir qu’au regard du succès de la thérapie, elle ne serait pas remboursée, elle se plia en deux et tapa du poing sur le carrelage glacé.

Mélange d’humour absurde et cynique. Typique des intellectuelles, fit l’homme en ôtant sa blouse.

 

 

L’unique fois

Ta vie semblait trop dure
Tes jours des coups du sort
Vingt-cinq ans on endure
Croyant être plus fort

Suis-moi je suis la voie
Qui mène aux non-douleurs
Délaisse-moi tes choix
Trouve l’apesanteur

Quelle est douce la nuit
Écourtée au matin
Un doigt sur la folie
L’autre sur la gâchette
Prêt à conter fleurette
À la mort de l’humain

Suis-moi je suis la loi
Qui défie toute règle
Serre-moi dans tes bras
Volons d’un air espiègle

Je prendrai par la main
Tous tes bonheurs futurs
Étancherai ta faim
Deviendrai ton augure

Suis-moi je suis la foi
Qui traverse les cieux
Et dépose sur toi
Tous tes espoirs de mieux

Si tu joues les rebelles
Tu pourriras sur pied
Tu mourras asphyxié
Tu trouveras l’amour
Au milieu des bordels
De Kuala-Lumpur

Je suis l’unique fois
Le temps du renouveau
Qui mena tant de joies
Finir sur l’échafaud

(bis)

Les nouveaux citadins

J’aime ouvrir la fenêtre
Regarder dans le bleu
Épousseter le vent
Quand leurs regards m’étouffent.

Ils retournent les phrases
Font décoller les mots
En grattant le passé
Que c’est dur d’être heureux !

Les gestes méprisants
Et les langues déliées
Vivent de petitesse
Ô jours, vous êtes longs.

Quand vient le crépuscule
J’emporte le mauvais
Et même la nature
Ne chasse plus ma peine.

Je ne suis plus qu’habitudes
Charpentées dans mon corps
Pour me faire aller droit
Jusqu’au dernier arrêt.

Prisonnier de la ville
J’espère encore voir
Les rayons de la lune
M’étreindre doucement

Sur la plus belle des Terre