Savoir humanité garder

Un petit texte façon SF.

 

– Nouvelle livraison pour vous les gars ! Il est comme neuf !

– J’espère bien, puisqu’il est neuf… Bon voyage ?

– Pas à se plaindre. Moins de contrôles à passer que la dernière fois, on dirait que la situation revient à la normale. Et vous ? J’ai entendu que les menaces d’attentats augmentaient à nouveau.

– Mmh…

– T’inquiètes pas, avec ce nouveau compagnon t’auras pas besoin de parler, il essaiera pas de te tirer les vers du nez comme moi !

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La foule

Extrait du manga berserk relatant une scène de lapidation.
Se lit de droite à gauche (pages, cases)

 

Petit essai : partir d’une image pour écrire un texte.

 

Il apparut à l’entrée du village avec ses chaussures usées, un balluchon sur le dos et une croix en bois se balançant à son cou. L’air pur circulait sans peine sur la route, poussé par un vent piquant. Les nuages épars galopaient dans le ciel. Au loin, on distinguait les montagnes, brillantes de blanc au sommet, ondulantes de plaines vertes à leurs pieds.

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Nocturne

Quelques indications : c’est un texte écrit dans le cadre d’un défi, avec des consignes précises : 8000-15000 caractères espaces non-compris, deadline, le texte doit être inspiré d’une poésie. Même si le texte n’est franchement pas mon meilleur, j’en suis assez content parce que ça faisait un moment que je n’avais pas mené de nouvelles au bouth

D’ordinaire, j’aime bien la nuit. La sensation de fraîcheur après une journée étouffante, les lumières des magasins me guidant jusqu’à ma porte une fois sortie du travail, l’ivresse des bars où l’alcool se mêle au sucre dans un tourbillon coloré. La nuit sait se montrer inquiétante également. Il y a les bruits résonnants sur le trottoir désert, éclairés de plus d’ombres que de lumières. Il y a les bivouacs en pleine nature, les frôlements au-dehors, les bêtes rendues monstres par l’imagination, l’envie affolée de savoir et les terreurs superstitieuses. Il y a les concerts frénétiques, les discussions sans fin, le temps rendu muet par le noir tant que la pâleur ne sera pas revenue à l’aube.

Il y avait.

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Toussaint

J’ai remanié assez largement le texte plus tard en supprimant la première partie et poursuivant la seconde.

 

Il n’y a pas de nuages, c’est un beau jour. Un ciel de photographies, celles des États-unis, le bleu profond qui arrache un petit hoquet d’étonnement. En les voyant, on se dit que la vie est peut-être sympa, là-bas.

Dériver de quelques centaines de miles et nous voilà en Nouvelle-Angleterre. La saison préférée des habitants reste l’automne. Le nuancier de couleurs s’étale, s’étire sur toute la palette et l’on peut s’adonner au  »leaf-peeping », à la contemplation des feuilles. Bien sur, si elles tombent au sol c’est plus intéressant mais les peepers ne sont pas spécialement adeptes des choses intéressantes, ils viennent seulement prendre du bon temps.

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Trois paires de chaussettes

Il y a quelques années, j’ai lu un livre de Haruki Murakami. Je ne me souviens plus du nom, de l’intrigue encore moins, mais un passage avait retenu mon attention.

Le personnage principal, quand il était stressé, anxieux, repassait son linge. J’ai lu ces quelques lignes avec le sourire. Murakami est un bon écrivain et ses descriptions de scènes banales sont toujours empreintes d’une douceur de vivre qui me touche.

Je n’y ai pas cru, je pensais que ça ne fonctionnerait pas sur moi. Et puis, j’ai commencé à porter attention aux faux-plis. À déboutonner. À toucher les vêtements avant de les repasser. J’aime acheter des chemises de qualité, j’ai changé de lessive à ce moment-là pour protéger les tissus. Défroisser les manches, étendre le col, le poser bien à plat, passer le fer vapeur… je me suis pris au jeu.

Avant d’avoir le temps de comprendre, en moins de deux mois, j’étais accro au repassage. Moi, qui avais traversé toute l’adolescence dans une marée de fringue sales étendues par terre, avec mes douches aléatoires, ma compréhension tardive de l’intérêt du déodorant. Sacré Murakami !

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Saveur citron

Un texte pour lequel j’ai beaucoup d’affection

 

La place du café est sans doute la plus belle de la ville. Des pavés apparents au sol – comme les poutres apparentes dans les maisons, sauf que ceux-ci on peut les toucher – des murs de crépi jaune, trois arbres au large feuillage et des gens qui savent prendre le temps de vivre.

Février vient de nous quitter et déjà la température s’envole, le mercure frise la vingtaine de degrés. On se croirait dans le Sud, et marcher dans ces pays du Sud, le soir, le long des routes et des maisons, à attendre la nuit, à entendre la ville, à regarder les gens, à goûter les fruits, à rêver, j’aime.

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