Les nouveaux citadins

J’aime ouvrir la fenêtre
Regarder dans le bleu
Épousseter le vent
Quand leurs regards m’étouffent.

Ils retournent les phrases
Font décoller les mots
En grattant le passé
Que c’est dur d’être heureux !

Les gestes méprisants
Et les langues déliées
Vivent de petitesse
Ô jours, vous êtes longs.

Quand vient le crépuscule
J’emporte le mauvais
Et même la nature
Ne chasse plus ma peine.

Je ne suis plus qu’habitudes
Charpentées dans mon corps
Pour me faire aller droit
Jusqu’au dernier arrêt.

Prisonnier de la ville
J’espère encore voir
Les rayons de la lune
M’étreindre doucement

Sur la plus belle des Terre

 

 

Dernière demeure

La maison n’est pas bleue
Les arbres semblent morts
Rien ne résiste au vent
Poussant vers la falaise
Le bois et le béton

Depuis la route grise
Qui déborde en virages
L’eau dévale la pente
Entraînant dans la boue
Les rares herbacées

La lanterne allumée
Vous mène dans un trou
Et les poteaux indiquent
Un chemin sans retour
Où les grelots résonnent

Quelque part au premier
On émet des appels
Mais les volets se ferment
Le cri devient murmure
Accompagnant la tempête

La boîte aux lettres a vu
Plein de noms sur son front
Aujourd’hui je protège
Ce qui fut mon trésor
Quand l’amour y vivait 

Possessions ?

J’ai l’amour paysan
Toujours près de mes terres
L’œil dressé vers l’azur
Mes doigts dans les épis

J’ai l’ennui japonais
Recomptant les cailloux
Des pentes d’un volcan
Après le tsunami

J’ai la faim romanesque
Rassasié d’un seul fruit
Si son nom exotique
A traversé les langues

J’ai le bleu outre-mer
Et le blanc fatigué
Les saisons africaines
Sous la pluie enfantine

J’ai des rêves de tout
Des souvenirs de toi
Quelques instants sur terre
Une vie pour apprendre

Blue velvet

Derrière le rideau
Quelque chose s’agite
Est-ce un songe, une femme
Des acteurs de théâtre

Les motifs se dissipent
Et je crois distinguer
Dans le bleu du velours
Les lanières d’un saule
Quand la nuit s’illumine

Les parois s’harmonisent
Des palpitations tendres
Embrassent la surface

La musique intriguante
S’évanouit dans un slow
Dansant sur les cocktails
En mouvements lascifs

Je retiens sous mes doigts
Le tissu sans les fleurs
Le parfum sans bonheur
Et les rires fugaces
Je referme mes doigts
Sur un verre encore plein
 

Et pour ceux qui ont deux minutes à gagner, la chanson.