Triolets

J’ai posé les yeux sur un monde
Formé de courbes et d’encens
Tu m’as rejoint sous la rotonde
J’ai posé les yeux sur un monde
Compris que notre Terre est ronde
Pour te rattraper en dansant
J’ai posé les yeux sur un monde
Où la lune vivait croissant

La musique écoute le fleuve
Descendre sans fin à Paris
Monte avec lui faire peau neuve
La musique écoute le fleuve
Vois-tu les hommes qu’on abreuve
D’alcool et de jeunes souris
La musique écoute le fleuve
Et chante pour les sans-abris

La nuit tombe, la chaleur part
S’émietter en occident
Dans ma poitrine cuit le lard
La nuit tombe, la chaleur part
Hey petit gars viens il est tard
Bois la vie, souris de tes dents
La nuit tombe, la chaleur part
Le lit est doux car tu m’attends

Viens vers moi la catin
Qui trousse sur la table
Viens manger dans ma main
Viens vers moi la catin
Glissons jusqu’au matin
Sur tes hanches de sable
Viens vers moi la catin
Elle était formidable

Des jambes

Écartés sur la plage,
S’offrant sous les rayons
À la vue des passants,
Tes ciseaux m’ensorcellent
Je t’habille de noir
D’espaces dévêtus
De cuisses découvertes
De froissements de soie
Et j’ôte de mes mains
Ta pudeur sans les feuilles
Ta beauté sans les fards
Ton amour est à moi
Mon regard se distrait
Dans les ronds de tes seins
Et tes jambes, jalouses
Se rappellent à moi
Elles pressent, avides
Mon corps contre le tien
S’entrouvrent, les mutines,
Pour mieux galoper
Quelle torture !
Quel bonheur !
Vous êtes
Belles…

 

La maison

Il fait frais, il fait bon
La maison se repose
Dans le jardin je découvre
Une fleur sous mes bonds
Je volette et sautille
Certain de mon effet
J’enlace la jonquille
Baise son air défait

Il fait frais, il fait bon
La maison soudain close
Se dévêt pour la nuit
Au lueurs des bougies
Je soupire et murmure
Les coussins de velours
Épousent les parures
De l’amante au corps gourd

Il fait frais, il fait bon
La maison m’indispose
Je rêve d’outre-mer
Le présent m’indiffère
Je marchande en moi-même
Des passés à prix d’or
Des futurs chrysanthèmes
Des pensées au-dehors

Il fait froid, il fait seul
La maison est morose
Les souvenirs frivoles
Me semblent si lointain
J’ai fermé les volets
Repoussé tous les murs
Le miroir se défait
Que mon reflet est dur
 

Minuit

La mi-nuit a tari
Le torrent des voitures
Tes pieds fins carressaient
Les étoiles voutées
Et les brins verts blanchis
À la lune ont souri
Les insectes tombaient
De nos bras affolés

Quand rêver des drapeaux
De l’orient nous effraie
On enclenche un contact
Et démarre en douceur
Sur la route sans voie
Et le lit des humeurs
Pour ancrer un instant
Notre barque à l’amour

 

Les nouveaux citadins

J’aime ouvrir la fenêtre
Regarder dans le bleu
Épousseter le vent
Quand leurs regards m’étouffent.

Ils retournent les phrases
Font décoller les mots
En grattant le passé
Que c’est dur d’être heureux !

Les gestes méprisants
Et les langues déliées
Vivent de petitesse
Ô jours, vous êtes longs.

Quand vient le crépuscule
J’emporte le mauvais
Et même la nature
Ne chasse plus ma peine.

Je ne suis plus qu’habitudes
Charpentées dans mon corps
Pour me faire aller droit
Jusqu’au dernier arrêt.

Prisonnier de la ville
J’espère encore voir
Les rayons de la lune
M’étreindre doucement

Sur la plus belle des Terre

 

 

Dernière demeure

La maison n’est pas bleue
Les arbres semblent morts
Rien ne résiste au vent
Poussant vers la falaise
Le bois et le béton

Depuis la route grise
Qui déborde en virages
L’eau dévale la pente
Entraînant dans la boue
Les rares herbacées

La lanterne allumée
Vous mène dans un trou
Et les poteaux indiquent
Un chemin sans retour
Où les grelots résonnent

Quelque part au premier
On émet des appels
Mais les volets se ferment
Le cri devient murmure
Accompagnant la tempête

La boîte aux lettres a vu
Plein de noms sur son front
Aujourd’hui je protège
Ce qui fut mon trésor
Quand l’amour y vivait 

Possessions ?

J’ai l’amour paysan
Toujours près de mes terres
L’œil dressé vers l’azur
Mes doigts dans les épis

J’ai l’ennui japonais
Recomptant les cailloux
Des pentes d’un volcan
Après le tsunami

J’ai la faim romanesque
Rassasié d’un seul fruit
Si son nom exotique
A traversé les langues

J’ai le bleu outre-mer
Et le blanc fatigué
Les saisons africaines
Sous la pluie enfantine

J’ai des rêves de tout
Des souvenirs de toi
Quelques instants sur terre
Une vie pour apprendre