L’unique fois

Ta vie semblait trop dure
Tes jours des coups du sort
Vingt-cinq ans on endure
Croyant être plus fort

Suis-moi je suis la voie
Qui mène aux non-douleurs
Délaisse-moi tes choix
Trouve l’apesanteur

Quelle est douce la nuit
Écourtée au matin
Un doigt sur la folie
L’autre sur la gâchette
Prêt à conter fleurette
À la mort de l’humain

Suis-moi je suis la loi
Qui défie toute règle
Serre-moi dans tes bras
Volons d’un air espiègle

Je prendrai par la main
Tous tes bonheurs futurs
Étancherai ta faim
Deviendrai ton augure

Suis-moi je suis la foi
Qui traverse les cieux
Et dépose sur toi
Tous tes espoirs de mieux

Si tu joues les rebelles
Tu pourriras sur pied
Tu mourras asphyxié
Tu trouveras l’amour
Au milieu des bordels
De Kuala-Lumpur

Je suis l’unique fois
Le temps du renouveau
Qui mena tant de joies
Finir sur l’échafaud

(bis)

Les nouveaux citadins

J’aime ouvrir la fenêtre
Regarder dans le bleu
Épousseter le vent
Quand leurs regards m’étouffent.

Ils retournent les phrases
Font décoller les mots
En grattant le passé
Que c’est dur d’être heureux !

Les gestes méprisants
Et les langues déliées
Vivent de petitesse
Ô jours, vous êtes longs.

Quand vient le crépuscule
J’emporte le mauvais
Et même la nature
Ne chasse plus ma peine.

Je ne suis plus qu’habitudes
Charpentées dans mon corps
Pour me faire aller droit
Jusqu’au dernier arrêt.

Prisonnier de la ville
J’espère encore voir
Les rayons de la lune
M’étreindre doucement

Sur la plus belle des Terre

 

 

Dernière demeure

La maison n’est pas bleue
Les arbres semblent morts
Rien ne résiste au vent
Poussant vers la falaise
Le bois et le béton

Depuis la route grise
Qui déborde en virages
L’eau dévale la pente
Entraînant dans la boue
Les rares herbacées

La lanterne allumée
Vous mène dans un trou
Et les poteaux indiquent
Un chemin sans retour
Où les grelots résonnent

Quelque part au premier
On émet des appels
Mais les volets se ferment
Le cri devient murmure
Accompagnant la tempête

La boîte aux lettres a vu
Plein de noms sur son front
Aujourd’hui je protège
Ce qui fut mon trésor
Quand l’amour y vivait 

Possessions ?

J’ai l’amour paysan
Toujours près de mes terres
L’œil dressé vers l’azur
Mes doigts dans les épis

J’ai l’ennui japonais
Recomptant les cailloux
Des pentes d’un volcan
Après le tsunami

J’ai la faim romanesque
Rassasié d’un seul fruit
Si son nom exotique
A traversé les langues

J’ai le bleu outre-mer
Et le blanc fatigué
Les saisons africaines
Sous la pluie enfantine

J’ai des rêves de tout
Des souvenirs de toi
Quelques instants sur terre
Une vie pour apprendre