Vers la chaleur

Contrainte : la lutte contre l’hiver + ne pas laisser devenir le sexe du narrateur

Jean s’étire dans le lit vide. Fichue solitude. C’est elle qui fait frissonner, plus que le froid de l’appartement.

Un corps collé contre soi change bien des choses. Passer un T-shirt, passer un pull. Enfiler des chaussettes et lacer les bottines. Les petites assiettes roses ne serviront pas aujourd’hui, café noir direct pour se réveiller. Écarter les rideaux – il faudra refaire la couture du bas, le tissu déplace la poussière. La vue est absente, trop de noir. Le reflet est passable. Mettre un peu de fond de teint et de l’anti-cerne, en vitesse. Dire « shit » en voyant les appels manqués de Manuel. Se promettre de le rappeler plus tard.

Dans la rue, c’est la course après le vent qui mord, comme d’habitude. Il fait nuit. Il fait toujours nuit, que Jean s’enferme au bureau, arpente la ville ou se glisse sous les couvertures. Rendez-moi le soleil.

Qu’est-ce que je fais ici ? Comment j’ai atterri dans cette ville, avec ce boulot ? Le passage piéton est un carrefour existentiel où les questions se reposent sans cesse dans le défilement des voitures. Quelques lueurs roses dans le ciel, serrer davantage l’écharpe autour du cou. Je devrais faire de l’informatique et m’installer sur une île de l’ex-tiers-monde. Pour la moitié d’un loyer ici, on est le roi du pétrole là-bas. Des masseurs, oh oui, et du rhum et du lait de coco.

Manuel rappelle. Fourrer le téléphone dans son sac, ne pas décrocher. Les collègues bavardent, ils ont des avis sur tout et la tête vide. Sourire, au moins sur une blague salace, au moins au chef de projet.

Jean en a marre. Les talons claquent sur le pavé. Partir, partir. Si au moins il y avait de la neige, de quoi s’amuser. Les expos sont envahies de crétin prêts à faire deux heures de queues pour prendre en photo des œuvres d’art au lieu de les regarder. Les soldes sont truquées. La télé ressasse les affaires des politiciens et les guerres. Les séries sont nulles. Le travail est épuisant, pas l’envie de monter des projets. Et les amis désertent, tous, pour leurs plans culs ou leur bébé. Ils ne savent pas mettre de limites.

Manuel, encore et toujours lui. Ne pas répondre. Retourner sous la couette et hiberner. Prendre un peu de plaisir avec un sex-toy ou un porno, se lamenter sur twitter, décongeler un plat préparé, attaquer un pot de nutella et prendre son mal en patience. Tout a une fin.

2 commentaires sur “Vers la chaleur

  1. Bonjour,

    J’ai trouvé intéressante votre idée d’écrire un court texte à partir d’une contrainte.

    Bonne continuation pour vos écrits !

    Xuan VINCENT

    J'aime

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