En trois temps (1ère partie)

Quelques notes de fumée roulaient sous les accents rocailleux. Soufflé, je triturais le parasol rose abandonné dans le mojito. Les accords s’étiraient en soupirs et la voix n’était que délices. Des images platoniques me traversaient : remonter le cours du son jusqu’à sa source.

J’avais conscience d’autres formes tendues vers cet orchestre, des compagnons spectateurs, les âmes des morts.

Elle s’est levée, le micro dans sa main et nous l’avons suivi. Dehors, la lumière des réverbères grandissait nos ombres et rapetissait nos cœurs. Nous étions des feuilles entraînées par le vent. En chemin, les gestes des passants s’arrêtaient pour écouter. Le tourbillon grossissait.

Nous sommes montés en haut d’une colline. La lune piquetait les herbes de taches de blanc. Le battement du tambour se fit plus insistant, la chanteuse criait. Nous étions fous et embrassions toutes les parcelles de peau à notre portée.

Un nuage déroba le croissant et emporta nos gémissements. La voix luttait pour contenir son émotion. Nous partîmes vers la falaise. Le sol effleurait toujours nos pieds de ses graviers pointus. Dernier regard vers la lune, suffisante de dédain. Nous avons sauté, ensemble, en se tenant la main.

C’était il y a trois ans, une histoire d’amour.

Ma première rencontre avec le jazz.

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