Lilas-merguez

Tu prends un hot-dog, qu’elle m’a demandé. Pour sur, je lui ai répondu, j’étais pas venu au barbecue me dorer la pilule.

Elle a piqué une saucisse grésillante avec une fourchette mais les dents ont râpé sur la peau translucide et la merguez a fait comme un asticot qui gigotait un peu sur la grille. Elle a repiqué et cette fois elle l’a eu, des flammes se sont élevées quand la graisse est tombée sur les braises.

Pendant qu’elle jouait avec la nourriture, je me suis ouvert un quart de baguette avec le couteau qui coupait pas bien, bord rond et petites dents. J’ai tellement forcé sur la croûte un peu molle que j’ai failli me taillader la main en sus. Il y avait des sauces, le ketchup et la moutarde se sont mixés et ont trempé le pain. Le temps que je finisse d’essuyer la cuillère sur la mie, elle tenait la saucisse à la pointe de sa fourchette, victorieuse.

Elle a avancé le bras pour déposer la saucisse entre les deux moitiés de pain qui n’attendaient que de se refermer mais la saucisse, pas conne, s’est encore défilée. Elle est tombée sur mon poignet, j’ai sursauté et elle est partie se loger entre ma chemise et mes pecs.

Brûlante. J’me sentais mal, je pensais qu’à trois choses : m’arracher les vêtements, hurler, lui faire payer. Les deux premiers étaient faciles, j’ai pas mis 107 ans pour jouer à Tarzan. Jane agitait les mains en l’air en faisant des petits bruits, sans doute pour ventiler.

 

Quand je me suis calmé, j’ai enlevé ce qui restait de tissu, l’ai mis sur mon épaule, comme les touristes. J’ai ramassé la saucisse, le pain, je me suis fait mon hot-dog et ai croqué, genre je savais que c’était pas sa faute à lui mais à elle, même pas foutue de tenir une merguez.

 

On s’est éloignés du barbecue qui mourait doucement et on est partis marcher vers la plage. Elle a voulu courir sur le sable mais j’ai juste reniflé et elle a compris. On a avancé dans la forêt de pins près de la mer. Au bout d’un petit moment, on a trouvé une route, avec des grands murs sur le côté et des baraques.

Elle m’a dit que ça sentait bon le lilas. J’ai respiré pour voir, et c’est vrai qu’il y a avait l’odeur. Lilas-merguez. La fille a cueilli une fleur et l’a mise dans la poche de sa poitrine, sans me regarder. Puis elle m’a jeté un œil, j’étais toujours torse nu, elle a passé son doigt là où la merguez m’avait marqué. Là elle a penché la tête et elle a léché l’endroit.

Dès le moment où ses lèvres se sont posées sur le point qui faisait mal, je l’ai saisie par les cheveux à l’arrière, je me suis retourné et je l’ai tirée. Elle a crié mais ça ne me dérangeait pas. Ça brûlait encore sur la poitrine.

 

Je l’ai tirée et on est revenus à la forêt. Là, je lui ai dit de creuser le sol. Elle s’est mise à crier encore plus fort et à agiter les mains en l’air comme avant. Je lui filé un coup sur la tête. Ça l’a sonné et le temps qu’elle percute, j’avais trouvé une grosse pierre que je lui ai tendue. Elle a fait un trou dans le sol en pleurant.

Moi j’ai sorti une clope, mon briquet. Il y avait un peu de vent, on entendait les mouettes et les vagues. J’ai allumé le feu et la cigarette, tiré deux-trois tafs. Elle a cru que je regardais plus, alors elle s’est mise à courir vers le camping. Je lui ai laissé un peu d’avance pour mater son cul. Elle bougeait les jambes de la même manière que ses bras : dans tous les sens.

 

Je m’suis élancé mais la fumée s’est écrasée sur ma gueule alors j’ai desserré les dents et la clope est tombée par terre. Après avoir rattrapé la pouffe, je l’ai traînée sur le sol. Y avait déjà de la fumée qui s’élevait d’un tas de brindilles.

De la main gauche je tenais ses deux poignets, de la droite j’ai récupéré ma clope. Je l’ai approchée de son visage et elle s’est plaquée sur le sol pour l’éviter.

Tu vas finir ce trou, j’lui ai dit, et t’as intérêt à terminer fissa. Elle a pigé.

 

Quand j’ai fini de fumer, je me suis penché sur le trou. Il y avait de la poussière partout, le début était dur. Et puis en dessous c’était plus mou. Avec plein de vers.

Les gens qui ont été élevés en balcon, y savent pas à quoi ça ressemble, un ver. Tu demandes à un gosse, il te dessine un spaghetti. Le ver, il a des poils. Des anneaux. Il est court, long, épais, fin. Blanc, rose, gris. Des petites bosses sur tout le corps. J’ai appuyé sur la tête de la fille, pour qu’elle les voit bien. Que leur petit trou aveugle au début du corps s’ouvre comme une bête qui voudrait la bouffer. Quelle plonge la main dedans et les avale, les gluants, tortillés, avec la terre à l’intérieur.

Elle l’a fait. J’étais vengé.

 

Je sais pas si elle s’est évanouie ou si elle est morte, mais quand j’ai vu les insectes se promener sur sa joue et dans ses cheveux, j’ai pris la fleur de lilas qu’elle avait bien calé dans la poche de son chemisier.

Puis je suis retourné voir les autres et m’amuser. Ça sentait bon le lilas et les merguez. La meilleure odeur, celle des vacances.

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